Une machine morte, un compteur qui tourne

Fatoumata Diallo a reçu le message technique sur son téléphone avant même d'avoir bu son café, ce mardi 8 septembre vers 7 h 40, alors que la machine numéro 4 achevait une lessive de draps destinée à l'Ehpad Saint-Vincent-de-Paul, rue de la Goutte-d'Or. Elle est descendue tout de suite.

Le compteur électrique mural indiquait une chute brutale. Devant la porte vitrée du 147 boulevard de Belleville, six personnes attendaient déjà sous la pluie fine de septembre.

Le diagnostic est arrivé à midi. Carte électronique hors service, 620 euros, cinq jours d'immobilisation. La laverie associative La Bulle, ouverte depuis février 2024, tourne avec six machines et deux sèche-linge professionnels, et sert 312 foyers inscrits ainsi que sept structures partenaires, dont deux centres sociaux du 19e arrondissement et un service d'aide à domicile du 20e. Cinq jours sans la numéro 4, cela voulait dire reporter une trentaine de lessives, décaler les créneaux des personnes âgées isolées et demander aux bénévoles de venir plus tôt le samedi. Rien d'insurmontable, en apparence. Mais la trésorerie de l'association affichait 4 180 euros au 31 août, et le budget prévisionnel de septembre prévoyait déjà 1 900 euros de réparations diverses.

Ce que les habitants ont fait

À 13 h 15, Nadia Bouchareb, 67 ans, est entrée avec son panier de linge et un chèque de 40 euros. Elle habite rue des Envierges, elle vient trois fois par semaine depuis l'ouverture. « Je ne donne pas ça pour qu'on me remercie, je donne ça parce que sans cette laverie je lave à la main dans mon évier », a-t-elle dit en posant le chèque sur le comptoir.

Le bouche-à-oreille a fait le reste. En quarante-huit heures, la cagnotte informelle lancée sur le tableau blanc de l'accueil a atteint 2 340 euros, en pièces, en billets, en virements et en chèques, réunis par vingt-huit personnes dont le plus petit versement, 3 euros, venait d'un homme de 82 ans venu chercher un formulaire d'aide au logement.

Karim Zerrouki, bénévole depuis mars et ancien électricien, a proposé une autre solution. Au lieu de commander la carte neuve, il a contacté un fournisseur de pièces détachées à Saint-Denis, qui détenait une carte compatible d'occasion pour 150 euros. La pièce est arrivée le jeudi 11 septembre par colis Chronopost. Karim l'a posée lui-même le vendredi matin, avec l'accord du réparateur et sous la supervision d'un autre bénévole, ingénieur en informatique au chômage.

La machine numéro 4 a redémarré le vendredi 12 septembre à 15 h 20. Elle a tourné sans interruption jusqu'au dimanche soir.

Ce que ça change, concrètement

Le premier effet est arithmétique. La réparation a coûté 150 euros de pièce et 60 euros de déplacement pour le réparateur, venu vérifier le montage. L'association a donc économisé 410 euros sur la facture initiale, somme réaffectée à l'achat de deux sèche-linge supplémentaires, commandés le 15 septembre et livrés boulevard de Belleville le 29 septembre.

Le deuxième effet est moins visible. Trois habitantes du quartier, qui donnaient de l'argent sans jamais franchir la porte, sont venues s'inscrire comme bénévoles. Elles assurent désormais deux permanences par semaine, le mardi et le jeudi de 14 heures à 17 heures. La file d'attente du samedi matin, qui atteignait parfois vingt personnes en juin, est descendue à neuf en moyenne depuis la mi-septembre.

Fatoumata Diallo refuse de parler de miracle. « On a soixante bénévoles, dont trente-cinq vraiment actifs, et un local de 84 mètres carrés qu'on loue 780 euros par mois à la mairie du 20e. On tient parce qu'on compte chaque euro et parce que les gens du quartier savent que la machine n'est pas seulement une machine », explique-t-elle, en rappelant que la laverie a failli fermer en janvier 2025, après un impayé de 2 100 euros sur les charges. Son budget annuel tourne autour de 71 000 euros, dont 22 000 de subventions publiques, 19 000 de dons et le reste en recettes propres. Le tarif est de 2 euros la lessive pour les bénéficiaires de minima sociaux, 4 euros pour les autres. Un sèche-linge coûte 1 euro. Ces montants n'ont pas bougé depuis l'ouverture.

La fragilité reste entière

Le problème de fond, personne ne le nie. Les six machines ont entre trois et neuf ans. Deux d'entre elles affichent plus de 5 000 cycles au compteur, et le contrat de maintenance signé avec un prestataire du 18e arrondissement prévoit deux visites annuelles et facture 95 euros l'heure au-delà.

La subvention de la Ville de Paris, versée au titre du budget participatif 2023, s'arrête en décembre 2026. Un dossier a été déposé en juillet auprès de la Direction de la solidarité et de l'intégration pour un renouvellement de trois ans. La réponse est attendue en novembre. Sans elle, l'association perdrait près d'un tiers de ses ressources.

Karim Zerrouki, lui, veut croire que la solidarité locale peut compenser une partie du manque. Il a commencé à récupérer des pièces détachées auprès de trois autres associations parisiennes, dont une laverie du 13e arrondissement et un atelier de réparation rue de l'Ourcq. « On a déjà deux cartes d'avance. Ça ne règle pas tout, mais ça évite de rester bloqués une semaine », dit-il.

Fatoumata Diallo a posé une affiche sur la porte, le 13 septembre au matin. On y lit, en lettres manuscrites : « Merci pour les 2 340 euros. La machine 4 est repartie. On continue. »