Mme Balavoine, 81 ans, rue de Charonne
Liliane Balavoine vit seule au quatrième étage d'un immeuble sans ascenseur, rue de Charonne, dans le 11e.
Arrivée au centre social Ramponeau en février 2023, envoyée par son médecin traitant, elle apporte un dossier de dix-sept pages et une demande confuse : « je ne peux plus sortir, mais je ne veux pas qu'on m'enferme ». Ce qui lui convenait, ce n'était pas l'aide à domicile classique, déjà en place deux heures par jour, ni les visites de courtoisie qu'on lui proposait, mais le transport accompagné vers le marché d'Aligre le mardi matin, une heure et demie de marche lente entre les étals, avec un arrêt obligatoire chez le fromager de la rue d'Aligre qui la connaît depuis 1998.
Deux bénévoles se relaient depuis un an. Elle paie 4,50 euros l'aller-retour. Le département couvre le reste. Son périmètre ne dépasse jamais 900 mètres. Toute proposition de sortie plus lointaine a été refusée par elle, puis abandonnée par l'équipe : le musée Carnavalet lui a été suggéré en juin, sans suite.
Pas pour sa voisine du dessous, Jeanne, 79 ans, qui souffre de troubles cognitifs avancés et sort de chez elle sans repère. Pour Jeanne, l'accompagnement individuel crée un risque, pas une liberté. Il faut une structure fermée, avec deux soignants présents en permanence.
Le centre Ramponeau l'a orientée vers l'accueil de jour de l'hôpital Saint-Antoine, rue de la Croix-Faubin. Délai d'attente actuel : onze semaines.
Karim, 34 ans, et l'atelier de la rue des Pyrénées
Karim Belkacem a ouvert un atelier de réparation de vélos en septembre 2022, au 148 rue des Pyrénées, dans le 20e. Il emploie trois personnes en insertion, toutes orientées par la mission locale de Belleville. Il est venu chercher un accompagnement comptable, pas un financement. Ce qui lui a été proposé — un suivi mensuel de deux heures avec un bénévole retraité de l'expertise comptable, M. Ferrand, 68 ans — correspondait exactement à son besoin, et il l'a dit ainsi, sans détour, dès le premier rendez-vous.
L'atelier a traité 1 240 vélos en 2024. Le chiffre d'affaires dépasse 96 000 euros.
La trésorerie reste tendue chaque été, quand les réparations ralentissent et que les charges, elles, ne ralentissent pas. Le suivi a permis de lisser deux charges sociales en août 2024, puis une troisième en août 2025. Rien de spectaculaire. C'est précisément ce qu'il demandait, et rien de plus.
Pas pour un artisan qui veut lever des fonds ou changer d'échelle. Il n'y a ni mise en relation avec des investisseurs, ni aide au dépôt de brevet, ni conseil juridique sur les statuts. Trois porteurs de projets se sont présentés en 2024 avec un dossier de levée de 200 000 euros. Tous les trois ont été redirigés vers Paris Initiative Entreprise, rue du Faubourg-Saint-Antoine. Deux ont mal pris le refus : l'un a écrit au maire d'arrondissement, l'autre a laissé un avis négatif en ligne que personne n'a contesté.
Le foyer Jean-Théophane, à Ivry
Le foyer d'hébergement Jean-Théophane, avenue Georges-Gosnat à Ivry-sur-Seine, accueille 42 hommes depuis 2019. Il cherchait des bénévoles pour les permanences du soir, de 18 h 30 à 21 h.
Ce qui a fonctionné : des étudiants en travail social, une trentaine sur deux ans, formés en amont par l'équipe, qui arrivent avec un cadre et repartent avec des questions. Ce qui n'a pas fonctionné : les bénévoles venus « pour aider les pauvres », souvent animés d'une bonne intention mais incapables de supporter le silence d'un homme qui ne veut pas parler de sa journée. Quatre ont abandonné en moins de six semaines.
Le profil qui tient, selon la directrice Nadia Lemoine, est quelqu'un qui accepte de ne pas savoir quoi faire pendant deux heures.
Une présence suffit. Une conversation forcée ne suffit pas.
Pas pour un bénévole qui veut voir un résultat rapide, ni pour un groupe religieux venu en mission d'évangélisation. Le règlement intérieur, affiché à l'entrée depuis mars 2022, l'écrit noir sur blanc : aucune activité de prosélytisme, sous quelque forme que ce soit. Deux associations ont vu leur convention non renouvelée en 2023 pour ce motif. Le foyer ne manque pas de bras. Il manque de gens patients.