Une garde de nuit au CHU de la Pitié

Tout commence par un refus de publication.

En février 2019, Inès Belkacem, journaliste indépendante, passe six semaines au service gériatrie de la Pitié-Salpêtrière pour un reportage commandé par un hebdomadaire parisien, et elle en rapporte 42 pages de notes, 19 entretiens avec des aides-soignantes, deux nuits blanches, ainsi qu'une certitude : ce qu'elle a vu ne tenait pas dans le format imposé par la rédaction en chef. Le magazine publie 1 800 signes, sans les noms, sans les chiffres de sous-effectif. Inès refuse de signer. Elle appelle Malik Ouanounou, photographe rencontré à Nanterre, puis Claire Vasseur, ancienne éducatrice spécialisée devenue journaliste sociale, et les trois se retrouvent au café Le Sésame, rue de la Roquette, pour décider de créer leur propre support. Le premier article paraît le 2 avril 2019 : « À la Pitié, une nuit à 4 pour 87 lits ». Le nom vient d'un mot valise que Malik avait inventé pour un projet abandonné. Nous l'avons gardé parce qu'il ne veut rien dire. Personne ne peut nous assigner une ligne.

Ce que nous ne ferons pas

Ce que nous ne ferons pas

Hartakevexa ne publie pas de communiqués de presse reformulés, ni de tribunes partenaires, ni de contenus commandités, ni de publicités natives déguisées en reportage, et si une association ou une institution veut nous faire passer un message, elle nous donne accès au terrain, sinon rien. Nous ne signons aucun partenariat avec des cabinets de conseil, des fondations d'entreprise ou des agences de communication.

Nous refusons les sujets qui transforment la précarité en spectacle. Pas de portraits misérabilistes.

Pas de photos de gens qui pleurent, pas de titres qui font peur. Une personne âgée qui vit seule n'est pas un fait divers, c'est une situation sociale avec des causes, des chiffres et des responsables identifiables.

Nous ne courons pas après le scoop. Un article de 900 mots sur l'attente aux guichets de la CAF du 18e arrondissement, vérifié et sourcé, prend trois semaines. Nous préférons cela à six dépêches en deux heures.

Six personnes, deux arrondissements

Aujourd'hui, l'équipe compte six personnes à temps partiel, basées entre le 11e et le 20e arrondissement. Claire Vasseur dirige la rédaction depuis un bureau partagé rue de Bagnolet, au-dessus d'un cabinet de kiné. Malik Ouanounou assure les photos et la vidéo. Inès Belkacem couvre le grand âge et le handicap. Sofiane Aït-Mokhtar, ancien assistant social en Seine-Saint-Denis, traite le logement et l'hébergement d'urgence ; Léa Dumont et Karim Benali, vacataires, complètent l'équipe sur les enquêtes longues, avec des contrats de quatre mois renouvelables et des journées qui finissent souvent après 21 heures dans un appartement du 20e où personne ne range jamais les dossiers. Nous publions en moyenne 14 articles par mois.

Le budget annuel 2024 s'élevait à 187 000 euros. Il est financé à 61 % par des abonnements individuels, à 5 euros par mois, pour 2 400 abonnés, à 22 % par des dons et à 17 % par des subventions publiques à la presse. Nous refusons les financements privés supérieurs à 1 000 euros.

Nos méthodes de travail

Chaque enquête repose sur au moins trois sources indépendantes. Nous publions les documents sur lesquels nous nous appuyons, sauf s'ils exposent une personne, et nous ne modifions jamais une citation sans l'accord de la personne interrogée, même lorsque la formulation d'origine paraît confuse ou maladroite à la relecture. Nous corrigeons nos erreurs en bas d'article, avec la date et la nature de la correction, en gras. Pas de disparition silencieuse.

Depuis janvier 2023, nous refusons les interviews par visioconférence pour les sujets sensibles. Aller sur place, rester, revenir.

Cette règle nous coûte cher en billets de train, mais elle a produit nos meilleurs articles, notamment sur l'Ehpad de Montreuil et sur le centre d'hébergement de la porte de la Chapelle, deux terrains où les premières visites n'avaient presque rien donné et où il a fallu revenir quatre fois avant qu'une porte s'ouvre vraiment. Nous ne publions pas de commentaires sous les articles. Les lecteurs nous écrivent à une adresse unique. Nous répondons en 48 heures en moyenne. Parfois plus vite. Parfois mal.

Où nous trouver

Le siège social est déclaré au 74 rue de Bagnolet, 75020 Paris, sans standard téléphonique.

Les réunions publiques ont lieu tous les deux mois à la Maison des associations du 11e, 8 rue du Général-Renaud, et la prochaine se tiendra le 12 juin 2025 à 19 heures sur les fermetures de lits en psychiatrie publique en Île-de-France, avec trois intervenants déjà confirmés et une traduction en langue des signes. Nous ne cherchons pas à convaincre tout le monde. Nous documentons ce que les pouvoirs publics préféreraient laisser dans l'ombre. Si cela vous semble utile, abonnez-vous. Sinon, lisez-nous quand même : nos articles restent en accès libre pendant 72 heures après publication.