D'où viennent nos informations
Le point d'entrée le plus courant reste le courriel. L'adresse [email protected] a reçu 1 247 messages entre le 1er janvier et le 30 septembre 2025, dont un tiers de faits divers sans lien avec nos rubriques et 214 émanant de travailleurs sociaux ou de bénévoles alors en poste, ce qui représente, rapporté au volume total, une densité de signalements qualifiés nettement supérieure à celle de nos confrères généralistes.
Ces gens écrivent depuis un bureau partagé de la Maison des associations du 11e, rue du Faubourg-Saint-Antoine. Ou depuis la salle de pause d'un Ehpad de Montreuil. Ils racontent un dysfonctionnement, un budget disparu, une porte fermée à 21 heures alors que le règlement promet une veille nocturne.
Nous recevons aussi des documents. Pas de fuite spectaculaire : des plannings Excel, des notes de frais, une capture d'écran de logiciel métier.
Un seul fichier a suffi, en mars, à établir que le service d'aide à domicile de Saint-Denis payait 312 heures supplémentaires non déclarées sur un trimestre, un chiffre que la direction a d'abord contesté avant de reconnaître, trois semaines plus tard, une « erreur de paramétrage » de son logiciel de paie, sans jamais préciser combien de salariés avaient été concernés ni sur combien de mois.
Enfin, il y a les appels. Rarement anonymes. Souvent des élus locaux qui veulent corriger un chiffre avant publication, ou des directeurs d'association qui redoutent un article trop dur. Nous les rappelons tous dans les 48 heures.
La vérification, étape par étape
Un document seul ne vaut rien.
Nous cherchons un deuxième original, une facture, un courriel de transmission, un témoignage qui recoupe la date et le montant. Le contrôle minimum : deux sources indépendantes, dont une écrite, pour tout chiffre publié, sans quoi le chiffre disparaît du texte et parfois l'article entier avec lui.
En juin, un bénévole des Restos du cœur de Gennevilliers nous alerte sur des colis alimentaires détournés. Le premier document est un bordereau de livraison. La deuxième source est une salariée qui accepte de parler sous couvert d'anonymat, mais dont nous connaissons l'identité, le contrat et le numéro de téléphone professionnel.
La troisième étape est la moins agréable : appeler la personne mise en cause. Nous l'avons fait 47 fois depuis janvier. Trente et une personnes ont répondu, douze ont refusé de commenter, quatre ont menacé de porter plainte. Aucune ne l'a fait. Quand un chiffre reste flou, nous le retirons. Un trou dans un budget n'est pas une preuve de détournement. Un retard de paiement n'est pas un système. Cette règle nous coûte des articles ; elle nous évite des corrections.
Ce que devient votre signalement
Un courriel à [email protected] est lu dans la journée par deux journalistes, enregistré dans un tableur interne, numéroté, rattaché à un nom de code, et nous conservons l'identité de l'expéditeur sans garder son adresse personnelle lorsque celle-ci n'est pas nécessaire à la vérification des faits qu'il nous transmet.
Ensuite, deux cas de figure. Soit le signalement débouche sur une enquête : vous êtes recontacté, informé de la publication avant sa mise en ligne, invité à relire les passages qui vous citent.
Soit il n'aboutit pas. Vous recevez alors une réponse écrite, courte, qui explique pourquoi. Nous en avons envoyé 389 en neuf mois.
Certains dossiers dorment des années. Une alerte de 2022 sur les logements insalubres du quartier Orgemont, à Épinay-sur-Seine, a produit un article en février 2025, après l'arrivée d'un nouveau document. Entre-temps, la personne qui avait écrit avait déménagé. Nous l'avons retrouvée par son ancien employeur.
Ce qui n'arrive jamais : votre nom dans l'article sans votre accord écrit. Ce qui arrive parfois : un refus de votre part, et une publication quand même, si les faits sont établis par ailleurs. Nous vous prévenons alors la veille.
Erreurs, corrections, droit de réponse
Nous nous trompons. Le 14 avril, un article a attribué à la mairie du 18e un budget de 1,2 million d'euros qui relevait en réalité du département, une confusion née d'une note interne mal datée que trois relecteurs avaient laissée passer avant la mise en ligne de 7 h 30.
Correction publiée le lendemain à 9 h 41, en bas de page, avec la mention « rectifié ».
Toute demande de correction est traitée par le rédacteur en chef et un relecteur qui n'a pas écrit l'article. Si l'erreur est matérielle, nous corrigeons sous 24 heures. Si elle est d'interprétation, nous publions un droit de réponse dans les mêmes conditions de visibilité que le passage contesté.
Les chiffres de l'année 2025 : 11 corrections, 4 droits de réponse, 2 articles retirés. Aucune de ces procédures n'a donné lieu à un accord financier.
Nous ne payons pas pour taire. Nous ne payons pas pour parler.
Une dernière chose. Si vous nous contactez, vous ne signez rien. Vous ne devenez pas une source de Hartakevexa, vous restez la personne qui a écrit un jour. Le reste dépend de ce que les documents disent, pas de ce que nous espérons.