9 h 07, palier du deuxième

9 h 07, rue de la Goutte-d'Or.

L'inspectrice a poussé la porte du 14 avec une lampe torche dans une main et un carnet à spirale dans l'autre, entourée de quatre personnes : deux agents du service hygiène de la mairie de Paris, un technicien du bureau d'études Socotec et une représentante de la commission de sécurité.

Dans l'entrée, une plaque de plâtre s'était détachée au-dessus de la boîte aux lettres du logement n°9. Personne n'avait rebouché le trou depuis l'hiver. Le technicien a posé son échelle pliante contre le mur, est monté, a frappé deux coups. Le son est revenu creux.

La visite durait depuis vingt-quatre minutes quand l'alerte a été donnée. Au deuxième étage, la poutre qui traverse la cage d'escalier entre le palier et l'appartement de Malika Osei présentait une fissure de 1,40 mètre de long, ouverte de trois centimètres par endroits, le bois humide au toucher, et sous cette fissure un madrier de renfort posé en 2019 par un locataire, à ses frais, ne touchait même plus le plafond.

Le rapport parle d'une « déformation active de la structure porteuse ».

La préfecture a signé l'arrêté d'évacuation à 16 h 40 le jour même. Douze adultes et neuf enfants dormaient encore là vendredi soir. Aucun n'a passé la nuit du 18 au 19 septembre chez lui, et le trou dans l'entrée, lui, est toujours là.

Les relogements, chambre par chambre

Les relogements, chambre par chambre

Le premier relogement a concerné Malika Osei et ses trois enfants, dirigés vers un hôtel de la porte de Clignancourt géré par le Samu social. Ils y sont encore. Mme Osei, aide à domicile pour l'association Amaelles Paris, se lève à 5 h 10 pour rejoindre son premier patient avenue de Flandre. Le trajet a doublé.

La ville a ensuite placé deux autres familles dans des logements du parc social, l'un rue des Poissonniers, l'autre à Saint-Ouen, cité du Landy. Restaient sept personnes sans solution le samedi matin.

Le maire du 18e, Anaïs Desvignes, a ouvert la salle des mariages de la mairie d'arrondissement pour la journée du 19, où dix-huit matelas ont été installés dans la nuit par les services municipaux et trois bénévoles de la Croix-Rouge, arrivés vers 23 heures avec des couvertures.

Toutes les familles n'ont pas accepté. Une locataire du quatrième, Fatou Baldé, quarante-sept ans, a refusé l'hôtel de la porte de la Chapelle qu'on lui proposait : trois lits superposés pour elle et ses deux fils de seize et dix-neuf ans. « On nous met dans une chambre où on ne peut pas poser un cartable », a-t-elle expliqué. Elle a dormi deux nuits chez sa sœur, rue Doudeauville.

Le bailleur, la RIVP, dit avoir proposé « l'ensemble des solutions disponibles sous quarante-huit heures ». La régie a confirmé que les douze logements de l'escalier B resteront vides jusqu'à la fin des travaux de consolidation.

La poutre, elle, ne bougera pas avant décembre.

Un immeuble de 1908 et sept signalements

Le 14, rue de la Goutte-d'Or date de 1908 : un bâtiment en brique sur trois niveaux, plus un comble aménagé après-guerre, typique du quartier, avec deux cages d'escalier.

Seule la B est visée par l'arrêté. La A, qui donne sur la cour, a été jugée saine.

Sept signalements ont été adressés au bailleur entre mars 2024 et juin 2026, selon le registre transmis au conseil de quartier : quatre portaient sur des infiltrations en façade, deux sur l'escalier lui-même, un sur la présence de rongeurs au rez-de-chaussée, et le dernier courrier, daté du 2 juin 2026, vient d'une locataire du troisième, Inès Rahmouni, qui y écrit que « la marche du palier bouge quand on marche dessus ».

La RIVP a répondu le 14 juillet par un courrier type. Il annonçait un passage d'entreprise « au second semestre ».

Interrogée, la direction explique que le dossier a été « réévalué après le diagnostic structurel d'août 2026 », réalisé par un cabinet extérieur. Ce diagnostic, lui, relevait déjà un affaissement de la ligne de plancher. Le parquet de Paris n'a pas ouvert d'information judiciaire à ce stade. Le pôle santé publique a été saisi pour examen.

Ce qui change dans le quartier

L'arrêté préfectoral court jusqu'au 15 décembre 2026. Les travaux sont estimés à 340 000 euros, à la charge du bailleur, et le permis a été déposé en mairie le 19 septembre.

Pour les commerçants du bas de la rue, l'effet est immédiat. L'épicerie Tamil, au 12, a perdu la clientèle des douze logements. Son gérant, Suresh Kumar, évalue la baisse à « un tiers du chiffre du soir ». Le cabinet dentaire du 16 a, lui, décalé six rendez-vous.

Le collectif Goutte-d'Or Debout, qui regroupe une quarantaine d'habitants, demande un audit de tous les immeubles anciens de la rue, soit vingt-trois numéros, et sa porte-parole Nadia Cheriet tient une permanence le mardi soir à la maison des associations, 5 rue de la Goutte-d'Or, où elle a recensé onze plafonds fissurés chez des voisins depuis le 18 septembre.

La mairie de Paris annonce un passage élargi de la commission de sécurité sur le secteur Goutte-d'Or–Château-Landon avant la fin de l'année.

Combien d'immeubles seront visités, personne ne le dit encore.

L'hiver devant

Reste la question du calendrier. Le 15 décembre est une date d'objectif, pas une garantie.

Si l'entreprise retenue pour la consolidation ne tient pas les délais, l'arrêté sera prolongé et les familles resteront à l'hôtel, en chambre, sur des budgets d'hébergement d'urgence déjà tendus à Paris.

Malika Osei a fait une demande de relogement définitif. Fatou Baldé attend un logement assez grand pour deux adolescents. Trois autres ménages n'ont pas encore déposé de dossier, faute de savoir à qui s'adresser. La permanence du mardi, rue de la Goutte-d'Or, les aide à remplir les formulaires.

Le technicien de Socotec reviendra le 2 octobre poser quatre capteurs sur la poutre. On saura alors si la fissure bouge encore. Une inspectrice de la préfecture le répète aux habitants qu'elle croise : tant que ce chiffre n'est pas stabilisé, on ne remonte pas.

Personne, dans l'escalier B, ne sait quand il pourra rentrer chez soi.