Une chute à 7 h 40
L'ampoule du deuxième étage était morte depuis onze jours. Jeanne Okonjo descendait chercher son pain quand son pied a manqué la cinquième marche. Vingt-six minutes au sol.
Karim Bensalem l'a trouvée en partant travailler, vers 8 h 06, et c'est lui qui a appelé les pompiers tandis que la gardienne de l'époque, aujourd'hui à la retraite depuis juin, expliquait qu'elle n'avait jamais transmis le signalement de l'ampoule grillée à la régie, faute d'un formulaire qu'elle disait ne pas connaître.
Fracture du col du fémur. Deux mois d'hôpital, d'abord à la Pitié-Salpêtrière, puis en soins de suite à Ivry-sur-Seine. Le diagnostic est banal et il fait mal.
Sur les 214 immeubles du quartier gérés par des bailleurs sociaux, 38 affichaient au printemps 2025 un défaut d'éclairage dans les communs, selon le relevé de l'association La Voix des Voisins, rue de Charonne.
410 000 euros votés en juin
Le conseil d'arrondissement a voté le 12 juin 2025 une enveloppe de 410 000 euros pour l'éclairage et les mains courantes des cages d'escalier du 11e. Il aura fallu dix-neuf mois de réunions pour y arriver.
« On nous répondait que ce n'était pas prioritaire », raconte Nadia Fournier, présidente du conseil syndical du 47. Elle a constitué un dossier photo de cent quarante-huit clichés, un par marche défectueuse, déposé à la préfecture le 4 avril 2025.
Le dispositif prévoit aussi des bandes podotactiles jaunes sur les trois premières marches de chaque volée, à 63 euros l'unité, et l'installation a commencé le 18 août 2026 par le 47, précisément, ce qui n'a rien d'un hasard.
Les bénévoles du mercredi
Un collectif s'est greffé sur l'affaire. Chaque mercredi après-midi, sept bénévoles de Voisins Solidaires 11e poussent la porte des immeubles pour repérer marches usées, rampes descellées et minuteries mortes. Ils sont neuf aujourd'hui, dont deux anciens plombiers.
Leur outil principal tient dans une poche : un carnet à spirale où chaque signalement est daté et photographié avant d'être envoyé au bailleur.
Marie-Claude Doucet, 67 ans, habite le 52 rue de la Folie-Méricourt. Elle a signalé en mars un carrelage décollé au rez-de-chaussée. Réparé le 9 avril. « Avant, je n'aurais rien dit. Je pensais que ce n'était pas mon rôle », confie-t-elle.
Deux coups contre la cloison
Jeanne Okonjo est rentrée chez elle le 14 avril 2025, avec un déambulateur et une aide à domicile quatre heures par jour. Elle a repris ses sorties du matin en septembre, mais plus jamais seule avant 9 h.
Sa voisine du dessous, Inès Meddeb, 34 ans, a adapté son propre rythme sans que personne le lui demande : elle frappe deux coups contre la cloison chaque matin vers 7 h 15, et si rien ne répond au bout d'une minute elle monte les étages, ouvre la porte avec la clé que Jeanne lui a confiée en octobre, vérifie que tout va bien, redescend et part travailler.
Dix-sept mois que le signal fonctionne. « La première fois, je me sentais intrusive. Maintenant, c'est notre façon de dire bonjour. »
Six autres résidents du 47 ont accepté d'échanger leur numéro de téléphone. La liste est tapée à la main, affichée derrière la porte cochère.
L'ascenseur attendra 2027
Tout n'est pas réglé. Le syndic bénévole du 47 peine à recruter depuis le départ de deux copropriétaires, et la réunion de novembre 2025 a été reportée faute de quorum, à onze membres présents sur vingt-trois.
L'ascenseur, lui, tombe en panne environ une fois par trimestre depuis dix ans. Devis demandé en mai 2026 : 94 600 euros. Vote prévu au premier semestre 2027.
Jeanne Okonjo prend l'escalier. Plus lentement.